Il n'est pas exagéré de dire que nous vivons une période sans précédent.
J'espère que vous me pardonnerez cette platitude qui, j'en suis sûr, nous rappelle à tous l'année 2020, lorsqu'elle a atteint son paroxysme, alors que, confinés entre les quatre murs de nos maisons respectives, nous étions incertains de ce que l'avenir nous réservait. La révolution était à nos portes ! Nous ne pourrions certainement plus jamais retourner travailler au bureau cinq jours par semaine, négliger les travailleurs essentiels ou oublier le pouvoir réparateur de la solidarité en cas de besoin ? Il s'avère que les points d'inflexion sont plus faciles à nommer qu'à maintenir et que l'histoire, comme toujours, a tendance à se réaffirmer. Pourtant, certaines traces de cette rupture subsistent.
Même l'architecture, une discipline qui n'est pas la plus agile des disciplines, a de nouveau commencé à s'intéresser à l'avenir, reconnaissant que l'ordre établi n'était plus tenable. Cette prise de conscience a coïncidé avec la réalisation que les systèmes auxquels l'architecture est au service ont conduit la planète à la crise. Le design et, par extension, l'architecture, sont difficiles à dissocier de l'état de la planète, tout comme leur complicité dans les crises écologiques, sociales et politiques de la modernité. L'architecture est impliquée dans cette polycrise ; de fait, je crois que c'est précisément cette polycrise qui sous-tend son anxiété existentielle.
L'architecture actuelle existe en tant que mécanisme d'absorption des surplus du capitalisme, ce qui est en contradiction directe avec les impératifs écologiques. Elle est devenue le domaine d'un consumérisme effréné, accessible uniquement à ceux qui en ont les moyens. L'urbaniste Ananya Roy nous rappelle que les villes ne sont pas seulement des lieux de densité, mais aussi d'inégalité, façonnés par les flux mondiaux de capitaux qui déplacent autant qu'ils relient (1). En fait, la notion d'« expulsions » avancée par la sociologue Saskia Sassen nous aide à comprendre la complicité de l'architecture dans la violence de l'urbanisation (2). Ce flux est le résultat de l'impulsion spéculative des marchés qui déplacent les résidents à faibles revenus et les économies informelles au profit du capital.
Malgré son caractère spéculatif, l'architecture entretient une relation complexe avec l'avenir. Elle se présente comme un moteur du progrès, mais l'histoire nous montre qu'elle a souvent laissé derrière elle des communautés ruinées, de territoires abîmés et une nature durablement dégradée.
Le développement durable a entraîné à la fois des changements tangibles et des actions performatives. Il offre un cadre réglementaire permissif, encouragé par l'ordre néolibéral, qui englobe à la fois des innovations sociales véritablement respectueuses de l'environnement et des écolodges destinés aux plus fortunés.Même sans intention négative, l’activité des architectes génère beaucoup de carbone et n’est donc pas aussi neutre qu’elle en a l’air.
Il existe très peu d’exemples d’architecture durable accessibles au grand public, car nous n’avons pas vraiment osé imaginer à quoi pourrait ressembler le monde si, comme le dit Sheila O'Donnell, les gens comprenaient que nous « construisons pour eux, et non contre eux ».(3) Au lieu de cela, nous nous retranchons derrière notre déférence envers les marchés, en croyant à leur neutralité, ce qui nous donne un alibi facile. La technologie est trop souvent considérée comme la solution, sans qu’on réfléchisse à qui elle profite ni au monde qu’elle crée. Croire qu’elle nous mènera vers l’avenir nous a en fait enfermés dans une approche superficielle face à notre déclin.
L’apathie stratégique de l’architecture révèle de façon inquiétante la manière dont nous risquons d’aborder l’avenir avec désinvolture et inconscience — un avenir déjà revenu du futur pour nous hanter.
La hantologie, jeu de mots de Jacques Derrida entre « hanter » et « ontologie », évoque la persistance du passé dans le présent et le sentiment d'être hanté par les promesses non tenues d'un avenir perdu (4). Cette idée est apparue au lendemain de la dissolution de l'Union soviétique et de la disparition présumée de l'histoire qui y était associée.
Mark Fisher, critique et théoricien culturel, a relancé le concept de hantologie lorsqu'il a observé l'inertie de la musique électronique au milieu des années 2000 (5). Un genre qui avait autrefois évoqué de manière convaincante l'avenir, de l'après-guerre jusqu'aux années 1990, semblait pris au piège dans une boucle de répétitions sans fin, faisant écho à l'affirmation du philosophe Franco Berardi selon laquelle « nous vivons après l'avenir » (6). » Pour reprendre les termes d'Owen Hatherley, la démolition des bâtiments brutalistes offre une image saisissante, celle de l'échec d’un avenir tant attendu (7).
Mark Fisher a observé une détérioration de l'imagination sociale et une incapacité à concevoir un monde matériellement différent. Dans ce contexte, la politique et l'économie se contentent de gérer l'ordre établi, créant une boucle régressive qui les transforme en instruments de maintien reproduisant à l'infini le présent. Alors que le politologue Francis Fukuyama a qualifié cela de « fin de l'histoire » (8), le critique Frederic Jameson a décrit l’incapacité à inventer de nouvelles formes dans le présent, et encore moins à imaginer des futurs radicalement différents, comme la logique culturelle du capitalisme tardif (9).
La limitation de l’imagination est sans doute la violence la plus silencieuse de notre époque ; pourtant, ses conséquences sont flagrantes, à mesure que des gouvernements autoritaires émergent partout dans le monde, réécrivant nos passés pour façonner nos futurs. Ici, l’imagination devient une forme de résistance.
Frantz Fanon, philosophe et psychiatre, nous encourageait à « introduire l’invention dans l’existence » (10), tandis que l’historien Robin D. G. Kelley affirme que « la carte d’un nouveau monde se trouve dans l’imagination » (11). Ensemble, ils montrent que l’invention et l’imagination ne sont pas des luxes, mais des outils de survie. C’est grâce à elles que l’utopie prend forme, transformant un idéal lointain en une politique du possible. Le philosophe Ernst Bloch considérait l’utopie non pas comme une fuite dans le fantasme, mais comme une fonction nécessaire de la conscience humaine : une « illumination anticipatrice » qui nous permet de percevoir ce qui n’existe pas encore (12). Pour lui, l’espoir est une méthode : c’est en imaginant des futurs non réalisés que les sociétés peuvent se transformer. L’utopie n’est donc pas un état fixe, mais un processus en devenir. Kathi Weeks, féministe et théoricienne de l’anti-travail, estime qu’elle peut fonctionner aux côtés des réformes, car la pensée utopique nous aide à exiger davantage du présent (13). Abandonner l’imagination, consciemment ou non, revient à accepter que l’immobilisme soit notre seule perspective.
Jameson décrit l’imagination comme un acte de « distanciation cognitive », en concevant des futurs fictifs qui transforment notre présent en passé déterminé de quelque chose à venir. Les travaux de Donna Haraway sur la « fabulation spéculative » et ceux d’Octavia Butler sur des futurs socialement ancrés montrent que la pensée spéculative peut être concrètement liée à la réalité (14).
Donna Haraway nous rappelle que ce refus ne demande pas des utopies parfaites, mais plutôt un engagement à « rester avec le trouble », à imaginer des futurs qui sont complexes et interconnectés.
Si l’architecture a toujours été un moyen de montrer ce qui pourrait être, sa réinvention dépend de la récupération de cet élan anticipateur, non pas pour répéter les grands récits de progrès échoués, mais pour les orienter vers des fins collectives et réparatrices.
Cet élan fait, pour reprendre Gramsci, partie de la « lutte pour une nouvelle culture » (15). Le dérèglement collectif du capitalisme tardif et son oscillation entre spectacle et abandon sensoriel rendent ces espaces d’imagination radicale essentiels. Ernst Bloch nous rappelle que l’espoir, lorsqu’il est utilisé de manière critique, est une forme de praxis : une exigence que le futur soit différent. (16). La capacité de l’architecture à spéculer relie l’utopique et le pragmatique : elle vit dans l’intervalle entre ce qui est et ce qui pourrait être. Les radicaux du passé le savaient, et aujourd’hui ce même élan réapparaît, plus ancré et mieux adapté aux urgences contemporaines.
À travers le continent, une nouvelle génération d’architectes, de designers et de chercheurs, issue de milieux et de territoires variés, redéfinit la pratique architecturale. Leurs travaux, réunis au sein de la promotion actuelle de LINA, révèlent une préoccupation commune : comment construire lorsque l’acte même de bâtir est devenu politiquement, écologiquement et socialement complexe.
À mesure que les centres de pouvoir se déplacent depuis l’hégémonie européenne, ces projets montrent que l’architecture d’aujourd’hui ne se définit pas par l’innovation stylistique ou l’ambition monumentale, mais par le soin et l’engagement local. Leur architecture, qui s’étend horizontalement, repose sur une intelligence partagée et une humilité renouvelée. Elle est poreuse, critique et consciente que l’avenir de l’architecture ne dépend pas de combien nous construisons, mais de la manière dont nous habitons le monde.
Alors que les générations précédentes ont cherché à élargir le lexique de l’architecture, cette génération élargit son action. Les frontières entre architectes, chercheurs et commissaires disparaissent au profit du praticien de l’espace. Ils créent de nouvelles connexions entre responsabilité environnementale, conscience historique et justice sociale, rejetant l’idée que le développement durable soit une simple conformité, et voyant plutôt la crise comme une occasion de repenser la politique du système.
Ce qui les unit, c'est la conviction que la pratique spatiale peut encore produire de l'action, même si elle ne produit plus de bâtiments au sens conventionnel du terme.
Trois thèmes ressortent :
Le premier est le passage de la forme au processus. L'architecture n'est plus un produit, mais une négociation entre les matériaux, les institutions et la volonté collective, ce qui traduit un refus de l'iconique et un engagement en faveur de la réparation.
Deuxièmement, la redéfinition de la paternité des œuvres par le refus d'adhérer aux limites historiques de l'architecture, comme le montrent les nombreuses collaborations au sein de cette promotion, qu'elles se manifestent sous forme de co-conception ou de projets de recherche ouverts. Ces projets se caractérisent par leur paternité partagée, qui fait entrer l'architecture dans le domaine de la chorégraphie sociale, où interviennent des résidents, des militants, des administrateurs, des entrepreneurs, etc.
Enfin, le retour au local. Les participants au programme LINA sont tous très attachés à la spécificité des lieux dans lesquels ils interviennent, qu'il s'agisse des communautés, des économies ou des écosystèmes. Leurs travaux sont donc profondément ancrés dans leur environnement. Ils traduisent la conviction que la polycrise doit être abordée de manière conjointe et solidaire.
Au niveau conceptuel, la promotion peut être divisée en trois groupes : ceux qui étudient la circularité, l'artisanat et l'empreinte carbone, en considérant l'architecture comme fondamentalement métabolique ; ceux qui travaillent dans les domaines des soins, de l'accès et de la participation, en utilisant le design comme moyen de reconfiguration sociale ; et ceux qui examinent comment les connaissances sont produites et partagées, que ce soit par le biais d'archives, de l'enseignement ou des nouveaux médias, ce qui revient finalement à se demander qui définit la valeur architecturale.
Sous ce nouveau régime, l'architecture pourrait devenir un espace de restauration, une pratique qui rassemble ce que le monde a négligé avec une légèreté qui semble démocratiser la rhétorique (17). Les cafés et les infrastructures de soins pourraient être construits à partir de déchets urbains et agricoles, conçus non pas pour dissimuler la dégradation, mais pour vivre avec elle (18). L'architecture pourrait considérer la circularité non pas d'un point de vue esthétique, mais comme une éthique manifeste, réutilisant les débris de la guerre pour remettre en question les cycles linéaires des matériaux et de la mémoire, cultivant la débrouillardise parmi les ruines (19).
Elle pourrait s'intéresser à l'eau : matière, métaphore et mesure de la crise, en tirant les leçons de ses fluctuations entre sécheresse et inondations afin de corriger notre relation d'exploitation à son égard (20). Elle pourrait documenter la manière dont la transformation écologique et la mémoire s'entremêlent, en considérant le compostage, le jardinage collectif et le travail commun comme des pratiques régénératrices (21). L'architecture pourrait répondre aux incendies de forêt en créant des réseaux décentralisés d'expertise, montrant que le savoir doit passer de l'individu au collectif (22). Elle pourrait tirer des enseignements de la forêt dans un autre sens : à partir de projets non liés au bois qui reconnaissent la forêt comme un paysage culturel et écologique dynamique (23).
Ceci pourrait mettre en évidence le paradoxe de la climatisation : cette machine qui à la fois refroidit et réchauffe la planète, et rendre visibles les infrastructures de contrôle climatique en tant qu'artefacts culturels afin de souligner ce paradoxe (24). L'architecture pourrait même se tourner vers l'ombre, cet humble médiateur, comme fondement de la collectivité dans un monde en réchauffement (25).
L'architecture pourrait rectifier la morphologie de la ville historique, en occupant ses espaces négatifs, en encourageant l'adaptabilité plutôt que la fossilisation (26). Elle pourrait étudier l'occupation improvisée de l'architecture non pas comme un échec de la conception, mais comme un répertoire d'adaptation (27). Elle pourrait voir un potentiel dans l'abandon des bâtiments, dans la persistance silencieuse de ce qui reste, en composant avec un patrimoine qui résiste à toute classification (28).
Elle pourrait revenir à la conviction que le logement est un droit universel, retracer la généalogie de sa trahison à travers les économies de marché et mettre en place des systèmes de résistance, des politiques et des actions collectives avec des militants, des urbanistes et des mouvements de locataires (29). Elle pourrait s'attaquer à l'exploitation du travail dans le domaine de l'architecture, en transformant les lieux de travail en lieux de solidarité et en voyant dans l'injustice spatiale les contours d'une nouvelle politique du travail (30). Elle pourrait redéfinir le travail domestique : l'alimentation, les soins, la routine comme matrice de la vie collective, en façonnant les environnements par le biais de la subsistance plutôt que de la consommation (31).
Elle pourrait imaginer des espaces culturels co-conçus qui corrigent les inégalités scolaires et les programmes sociaux sous-financés, construits à partir de ce qui est déjà disponible (32). Elle pourrait lutter contre le déplacement des populations vers les périphéries dû au surtourisme, en concevant des ateliers et des exercices cartographiques qui rendent visibles les politiques de la ville et aident les habitants à réimaginer les centres urbains comme un champ de négociation (33). L'architecture pourrait s'inspirer des centres de bien-être côtiers de l'ancien bloc socialiste, en tirant les leçons de leur approche de l'épuisement, du bien-être et de la réparation (34).
L'architecture pourrait combler le fossé entre le monde universitaire et la vie réelle, en permettant aux dimensions environnementales, matérielles et sociales de se fondre dans des formes durables ancrées dans la localité et la réutilisation (35). Elle pourrait se tourner vers les archives comme laboratoire contrefactuel, reconstruisant le potentiel manquant d'époques ravagées et étendant la connaissance au-delà de la simple propriété (36). L'architecture pourrait étendre le libre accès aux plans historiques, en les réanimant comme des outils évolutifs adaptés aux conditions contemporaines (37). Elle pourrait rassembler les connaissances spatiales contre les tendances autoritaires à contrôler les terres, en s'inspirant de l'écologie politique urbaine pour réimaginer la reconstruction comme un droit collectif (38).
L'architecture pourrait traiter l'accessibilité comme une question politique, en dénonçant l'âgisme et le validisme inhérents aux typologies d'appartements européens, en proposant des cadres collectifs pour la rénovation (39). Elle pourrait réévaluer l'entretien comme un acte culturel et politique, en cherchant à réhabiliter les lieux culturels à partir des vestiges de ce qui a été entretenu (40). Elle pourrait transformer les bâtiments en attente de démolition en sites polyvalents, en réévaluant leur valeur au-delà des critères du marché (41).
En somme, l'architecture pourrait bien devenir une discipline de l'attention : à la matière, au lieu, aux autres. Elle pourrait devenir une architecture qui observe et écoute, qui reste suffisamment longtemps dans le monde pour comprendre comment il pourrait encore être réparé – non pas en le redessinant, mais en le partageant enfin.
L'architecture concerne soit des bâtiments, soit des personnes. Si elle ne concerne que les bâtiments, cette discipline se limite à l'imagination de ceux qui les conçoivent. Si elle concerne les personnes, alors ses possibilités s’élargissent à la mesure de l’imagination de celles et ceux qui les habitent.
En observant les lauréats du prix LINA de cette année, il apparaît clairement que l'architecture est une discipline en pleine transition. Ce changement signifie que les hiérarchies établies sont en train d'être démantelées afin que l'architecture retrouve toute sa pertinence. Ces pratiques nous rappellent que l'architecture, malgré les efforts déployés pour l'empêcher, est toujours capable d'imaginer un avenir meilleur. Le recours à cette imagination est un moyen d'orienter la discipline vers des formes de pratique qui soutiennent la vie plutôt que de simplement la représenter, vers une architecture qui apprend à se tourner à nouveau vers le monde avec attention, responsabilité et ouverture à ce qui pourrait encore être rendu possible. Le défi à relever consiste à maintenir cette impulsion et à déplacer le centre de gravité de la discipline afin que, pour paraphraser Angela Davis, nous puissions rendre inévitable ce qui était considéré comme impossible.
LINA est une plateforme européenne qui met en relation des institutions avec de jeunes professionnels de l'architecture et des domaines connexes.
Soutenue par l'Union européenne, LINA promeut des pratiques régénératrices et le principe de décroissance conformes au European Green Deal. LINA est au coeur d’un réseau qui comprend des musées, des universités et des institutions qui organisent des événements à travers l'Europe.
Un appel à projets annuel invite les jeunes praticiens à soumettre un projet et à devenir des fellows de LINA en collaborant avec ses membres. La plateforme met l'accent sur l'égalité, la justice sociale, l'équité, la solidarité et le souci des communautés locales.
LINA implique le public à travers des appels à projets et des temps d’échanges pour l’engager dans la compréhension de l'architecture, rendre visible la contribution socio-économique de l'architecture et ses propositions de modèles alternatifs basés sur l'égalité et la justice.
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