Au cours de ses études à ETH Zurich, Blanka Major organisait déjà des séances de cuisine collectives et ouvertes. L’occasion de découvrir différentes cultures et manières de manger, et de mêler nourritures et publics. Après un diplôme consacré aux liens entre la ville et la nourriture – qu’elle considère comme un medium à convoquer pour explorer les questions spatiales – elle arrive à la conclusion que « si manger est très simple, quotidien et ordinaire, cuisiner ensemble ouvre au jeu, à l’expérimentation, à l’extra-ordinaire ». Avec pour objectif de décliner à chaque fois un format différent, Blanka Major utilise la nourriture pour comprendre un lieu, en s’appuyant sur ses ressources. À Bordeaux, ce sera le fin maillage mis en place par les fondateur·ices de Vivants qui sera mis à contribution. Ces dernier·ères, considérant que le paysage qui nous entoure est façonné tant par l’architecture que l’agriculture, ont créé un projet à l’échelle du territoire, à la recherche de producteur·rices pour mettre en valeur le terroir. À la redécouverte des connexions agri-écologiques, iels s’appuient sur la communauté paysanne alentour pour fournir leur restaurant Casa Gaïa, ainsi que le café du musée.
Après un mois de développement et deux jours de réalisation, les convives ont été invité·es à réaliser un « dernier autoportrait » du territoire. Celleux qui le souhaitaient tiraient des cartes-ingrédients et intervenaient sur une table de 12 mètres de long, recouverte d’une nappe immaculée. Au-dessus du fromage frais, en plusieurs étapes, légumes cuisinés, condiments et falafels se sont superposés pour former un paysage à croquer. Selon Blanka Major, donner des instructions permet aux visiteur·euses « de se sentir à l’aise, de communiquer plus simplement avec leurs partenaires en agissant. Et aussi de donner quelques lignes au chaos ! » Ce n’est pas tant l’objectif final qui intéresse l’architecte que l’expérimentation, teintée de ses couleurs favorites : le noir – peu courant en cuisine, ici présent à travers un pain agrémenté de charbon –, le bleu, issu de la spiruline, ou encore le rose éclatant, obtenu grâce à la betterave. À l’issue de la performance, celleux qui s’étaient attardé·es ont participé au « lever de la nappe », mise à sécher puis exposée dans la grande galerie. Les deux derniers jours ont ainsi conservé la mémoire du dessin d’un paysage éphémère, consommé de façon conviviale, et les senteurs mêlées de la nappe ont complété l’autoportrait du territoire dans les derniers jours de l’exposition.
Blanka Major, architecte basée à Zurich, travaille de manière indépendante et collaborative. Ses sujets de recherche tournent autour de l’architecture, de la cuisine, de l’édition, de l’écriture et de l’enseignement. Elle est boursière de LINA 2025. Ce projet s’inscrit dans le programme des Résidences ad hoc organisées avec LINA European Architecture Platform. Co-financé par l’Union Européenne. Une performance rendue possible par Pro Helvetia.