Au départ, s’est posée une question relativement simple – qui s’est rapidement avérée bien plus vaste : à quoi ressemble le portrait d’un territoire, celui de la Gironde aujourd’hui ? Un territoire urbain et périurbain, en transformation permanente, traversé par des enjeux sociaux, écologiques, économiques ou politiques. Pour répondre à cette question, nous avons fait un choix, celui ne pas produire un discours unique pour préférer créer une plateforme d’échange. Nouvelles Saisons, autoportraits d’un territoire a donc avant tout été un espace ouvert, né d’un appel à contributions, où se sont rencontré·es des acteur·ices institutionnel·les, des professionnel·les – architectes, paysagistes, urbanistes, chercheur·euses, artistes, photographes, galeristes… mais aussi des habitant·es. En définitive, ce projet a pris la forme d’une exposition en perpétuel mouvement, tour à tour atlas en construction, cartographie sensible ou abécédaire du territoire.
Nous y avons exploré des sujets très variés : les ressources locales pour construire, les savoir-faire et leur transmission, l’attention portée au déjà-là, à ce qui existe avant toute transformation, les manières de créer du lien entre habitant·es. De multiples portraits, au sens propre comme au sens large, ont permis de raconter les diversités du territoire et de celleux qu’il abrite, des rituels perdus ou en train de se réinventer. Certains thèmes plus inattendus ont émergé : les nuages, le climat, une proposition de « funérailles pour tous·tes », le défrichage des vignes, les nouvelles pratiques agricoles et leurs paysages en devenir, etc.
Le corpus de récits, d’images, de documents et d’expériences mis bout à bout ne livre pas une réponse unique pour, au contraire, rendre visible la complexité de ce territoire, et des manières de le lire et de l’interpréter. Il forme un témoignage précieux d’une période donnée, celle du premier quart du vingt-et-unième siècle. Les éléments produits au fil des mois se sont déployés dans l’espace de la grande galerie. Ils se sont succédés, ont parfois été archivés. Ils ont dialogué, et parfois même, ils se sont contredits. C’est cette dimension évolutive et vivante qui a fait la richesse de l’exposition. Ce que nous avons essayé de construire, c’est un récit participatif. D’offrir un lieu où différentes visions du territoire pouvaient coexister ; d’instaurer un forum pour enrichir les débats.
Le récit de Nouvelles saisons existe grâce à vous, lecteur·ice, spectateur·ice, contributeur·ice. L’exposition a accueilli plus de 135 participant·es, de très nombreux·ses visiteur·euses dont certain·es sont venu·es plusieurs fois. La revue d’arc en rêve a publié 20 articles issus d’entretiens ou prolongeant des œuvres exposées. Les formats explorés ont été très riches : contributions physiques et numériques, rencontres, repas, visites de sites, de chantiers et de bâtiments livrés, performances culinaires, événements, cartes blanches, tables rondes, débats, etc… autant de façons de produire du savoir, mais aussi de partager des expériences. Cette tentative collective de regarder autrement le territoire a permis de composer ensemble des représentations multiples, sans chercher à les réduire. Après quatre saisons d’exposition en mouvement, le cycle prend fin. Mais pas les possibles portraits de son territoire qui eux, ne s’arrêtent jamais.